Peut-on faire carrière dans l’humanitaire ? (1) L’humanitaire se professionnalise, usant des outils de l’entreprise, de métiers et compétences. L’humanitaire, c’est intervenir dans l’urgence pour satisfaire des besoins fondamentaux, puis mener des actions pérennes. C’est donc l’affaire de professionnels. Le tempérament compte au moins autant que les compétences pour y faire carrière comme l’ont souligné professeurs et professionnels du milieu.
Eric Bordeaux Montrieux, vous êtes responsable de l’orientation professionnelle chez Bioforce, qu’est-ce que l’humanitaire ?
Le grand public l’entend comme une vision large de la solidarité. Pour d’autres, il n’est que l’action internationale. On distingue alors deux types d’interventions. De développement sur le long terme, ou les actions d’urgence, en réponse rapide à des besoins vitaux.
Qui est le professionnel de l’humanitaire ?
Il a développé un savoir-faire, une expertise. Il est qualifié, a suivi des cursus longs et a expérimenté le terrain. Il parle plusieurs langues, est aguerri aux rencontres avec des cultures différentes. Il a souvent travaillé en associations locales
avant. Le bénévole veut lui faire de l’humanitaire un passage de vie.
Que faut-il savoir avant de s’engager ?
C’est un parcours difficile. Notamment car faire du terrain est peu conciliable avec une vie de famille. C’est en outre un milieu difficile à intégrer. Il y a deux critères de recrutement : les compétences et la motivation. Dans l’urgence, il faut agir vite, avec de gros moyens, être efficace. Les compétences sont donc essentielles.
LE REGARD DES PROFESSEURS B. FAIVRE-TAVIGNOT D’HEC ET T. SIBIEUDE DE L’ESSEC
Notez-vous un attrait croissant pour la solidarité chez les étudiants ?
T. S. : Il y a un réel engouement. C’est la transformation d’un intérêt intellectuel, d’une émotion en acte. Ces étudiants ont envie de découvrir autre chose ; sont conscients de leur chance et souhaitent rendre ce qu’ils ont reçu ; avoir une vie professionnelle et personnelle qui s’articule autour d’objectifs individuels, d’intérêts collectifs, de sens.
La solidarité s’ouvre et se professionnalise à la fois ?
B. F-T. : Les ONG se professionnalisent tandis que les entreprises s’ouvrent au social. Les deux mondes se rejoignent pour créer le social business. L’humanitaire se professionnalise, usant des outils et démarches de l’entreprise ; l’entreprise souhaite connaître mieux des populations pauvres, qui représentent des marchés potentiels. Elles mènent des projets dans les pays pauvres en partenariat, créent un nouveau business model comme notre parrain M. Yunus avec le micro crédit.
Peut-on faire carrière dans l’humanitaire ?
T. S. : L’action humanitaire, c’est intervenir dans l’urgence pour satisfaire des besoins fondamentaux, puis mener des actions pérennes. Cela suppose professionnalisme et rigueur, organisation et technicité, efficacité et rapidité. C’est donc l’affaire de professionnels. On parle en outre de problématiques complexes et critiques, d’interventions en terrain dévasté. Cela nécessite des compétences pointues. Outre les compétences métiers comme la logistique, la gestion, le médical ; il faut donc une bonne compréhension du contexte géopolitique, des pratiques administratives et organisationnelles de l’urgence. Je pense que faire carrière dans l’humanitaire ne dépend pas de la formation, mais intrinsèquement du tempérament. Tout le monde n’est pas fait pour ce métier, sans pour autant être égoïste. Il faut de l’idéalisme à dose modérée. Il peut être douloureux de toucher les limites du système.
QUELS MÉTIERS DANS L’HUMANITAIRE ?
Une association comporte des métiers classiques : administratifs et financiers, de production, marketing, GRH. Les métiers spécifiques : relations avec les bayeurs de fonds publics et privés ; technicien polyvalent, logisticien (gestion de flottes de véhicules, d’approvisionnements) ; métiers de la santé (médecins, psychologues, infirmières) ; juriste, architecte (construction des camps de réfugiés). Pour les expérimentés : le chef de mission gère les équipes et projets dans un pays.
LES QUALITÉS HUMAINES POUR S’ÉPANOUIR DANS L’HUMANITAIRE
• Un engagement militant
• L’adhésion au projet associatif
• L’envie de conjuguer convictions personnelles et projet professionnel
• Penser au retour. Eviter l’usure du terrain Savoir se reconnecter avec l’autre partie du monde, avec la société de consommation, est un vrai enjeu
• Modestie : on ne vient pas pour sauver le monde, mais pour apporter sa pierre à l’édifice
• Ecoute
• Authenticité dans la démarche
• Courage et ténacité
• Confiance en soi
• Autonomie
LES CHIFFRES
Une étude menée en 2005 sur la vingtaine de grosses ONG recensait :
2 500 salariés en France aux sièges
5 000 départs par an (salariés et volontaires)
Une étude de 2007 du CNRS a dénombré :
40 500 associations humanitaires en France
40 000 salariés équivalent temps plein
