L’économie sociale et solidaire : nouvel eldorado de l’emploi pour les jeunes diplômés Par Laura Haddad, titulaire de la chaire management associatif et économie solidaire à RMS
L’économie sociale est le terme généralement employé pour désigner les groupements de personnes jouant un rôle économique : mutuelles (assurance, prévoyance santé), coopératives (salariés, usagers d’entreprises), associations et fondations.
Chaque personne vivant en France est aujourd’hui en contact avec l’économie sociale. On dénombre près de 850 000 associations (culturelles, sportives, humanitaires, etc.), 21 000 coopératives (agricoles, viticoles, les Centres Leclerc, le groupe Chèque Déjeuner, etc.), 2 250 mutuelles de santé et d’assurance (1 automobile sur 2) et plus de 2 000 fondations.
Tout cela représente plus de 2 millions de salariés c'est-à-dire environ 10 % des emplois en France. Ces structures partagent une autre vision de l’économie : solidarité entre les membres, utilité sociale plutôt que recherche de profit, proximité locale, vision commune. Leur fonctionnement crée des emplois qui ont du sens au service d'activités qui placent l'homme au coeur des échanges et jouent la carte de la solidarité et du développement local.
Malgré la conjoncture difficile, l'économie sociale et solidaire s’inscrit dans une dynamique de l’emploi. Le secteur sanitaire et social, qui constitue l’employeur phare du secteur, recrute de façon importante et particulièrement dans le cadre des services à la personne où les besoins sont nombreux. Les mutuelles d'assurance ont également un fort besoin de commerciaux. Tous les profils trouvent généralement à s’employer dans l’économie sociale et solidaire.
Malheureusement, ce secteur est très mal connu des étudiants et souffre de nombreux à priori. D’après l’enquête réalisée par la chaire management associatif et économie solidaire de Reims Management School, les étudiants en gestion (université et écoles de commerce) reconnaissent au secteur une légitimité et une nécessité vis-à-vis de la société. Ils estiment également que travailler dans ce secteur est socialement valorisant et personnellement gratifiant. On se sent utile, on y partage des valeurs avec les autres salariés avec qui l’ont crée une sorte de communauté conviviale de pensée et d’actions.
De plus, il semble pour les étudiants qu’il y soit plus facile d’y combiner vie professionnelle et vie familiale. A contrario un certain nombre de freins viennent ternir ces éléments positifs : une méconnaissance des métiers possibles, des salaires jugés plus bas que dans le secteur marchand, des difficultés à bâtir un vrai plan de carrière, une sécurité de l’emploi mitigée, etc.
Les besoins du secteur en matière de recrutement de jeunes diplômés et moins jeunes vont aller croissants. Face à la professionnalisation et aux nouveaux enjeux (environnementaux, sociaux, etc), la motivation seule ne suffit plus, il va falloir attirer des profils avec des compétences solides (savoir être et savoir faire).
Comment gagner ce challenge quand les organismes du secteur font face à un déficit d’image et un manque de visibilité ?
Face à cette situation, l’économie sociale et solidaire doit jouer son atout majeur : en combinant professionnalisme et éthique, elle surfe sur les aspirations d’un nombre de plus en plus important de salariés : donner du sens à son emploi. Ces réflexions nous amène à quelques pistes d’actions possibles : aller à la rencontre des candidats dans les forums emploi des écoles et université ; valoriser les métiers sous forme de conférences et de témoignages d’acteurs ; développer des formations spécialisées ; mettre en avant la qualité des conditions de travail ; proposer plus de stages ; créer des chaires d’enseignement et de recherche (Essec, HEC, Reims Management School).
Contact : laura.haddad@reims_ms.fr