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Titien, Tintoret et Veronese : Venise au Louvre


La concurrence joua un rôle majeur dans la création et le renouvellement de la peinture à Venise au XVIe siècle. La rivalité et l’émulation entre les trois grands ont redessiné le paysage de la peinture lagunaire pendant les quatre dernières décennies du siècle d’or, propulsant l’école vénitienne vers les sommets. Une très belle exposition au Louvre revient sur cette période faste.

Au XVIè siècle, Venise est encore une des villes les plus prospères et cosmopolites d’Europe. Elle est au coeur du commerce international et le marché de l’art y est florissant. La demande en peinture est pressante et favorise une compétition acharnée, engageant également les artistes à toujours plus d’audace. En 1642, Carlo Ridolfi écrit : « la présence d’un rival sert parfois de stimulant, dans la mesure où l’artiste met un point d’honneur à ne pas être surpassé. » Peintures sacrées et profanes, portraits, nude… Quel que soit le genre abordé, Titien, Tintoret et Véronèse furent les plus grands peintres de Venise. Chacun développa un style absolument novateur et reconnaissable, exaltant la couleur et la touche de manière si personnelle qu’il leur était souvent inutile de signer leurs
oeuvres.

Titien et les débuts de la peinture à l’huile

Venise au début du XVIe siècle invente littéralement une nouvelle manière de peindre. Titien (env.1488- 1576), qui s’est formé dans l’atelier de Giovanni Bellini à la technique de la tempera sur panneaux de bois (technique à l’eau et à l’oeuf), s’empare de la peinture à l’huile venue des Flandres, tout en glacis et transparence, pour aboutir à une peinture plus opaque et épaisse, appliquée au pouce sur de grandes surfaces de toile. Pour la première fois, les coups de brosse sont encore visibles dans l’oeuvre achevée. En travaillant de riches couleurs, des lumières dramatiques et des textures nouvelles, Titien bouleverse le monde de la peinture et amène ses sujets à la vie. Ses peintures religieuses vibrent d’énergie. L’huile sur toile offre de nouvelles possibilités expressives que le génie de Titien va explorer jusqu’à la fin de sa vie.

La reconnaissance de l’occident
Très vite, Titien est célèbre dans toute l’Italie pour ses peintures monumentales destinées aux autels des églises vénitiennes. Il dispose d’une clientèle influente de personnages officiels, membres des puissantes scuole (confréries), têtes couronnées, jusqu’au roi d’Espagne, Philippe II. Ses portraits d’hommes puissants, doges, amiraux, membres de familles patriciennes sont saisissants d’audace et assez marquants pour devenir de véritables archétypes pour les peintres suivants. Le peintre officiel de la République domina toujours la scène, sa grande longévité (90 ans, dit-on) lui permit d’être extrêmement inventif dans ses vieux jours.
Si Titien régna en maître, Tintoret (1518-1594), fils de teinturier (tintore), réalisa avec son atelier plus de commandes que n’importe quel autre artiste. Mais il n’égala jamais le succès de Titien auprès des monarques européens. La compétition fut encore avivée par l’arrivée (de Vérone) de Véronèse en 1553. Le nouvel arrivé s’inspira ouvertement de Titien, et celui-ci fit son éloge, ce qu’il n’avait pas fait pour le Tintoret.

Les sujets chers aux vénitiens dans la seconde moitié du XVIe siècle : Effets de miroir

Comment rendre un monde en trois dimensions sur une surface qui n’en compte que deux ? De quels artifices peut-on user pour montrer simultanément plusieurs aspects d’un personnage ? Les peintres de la Renaissance ont exploré les possibilités offertes par les reflets de figures à la surface de l’eau, dans un miroir ou le poli d’une armure. Titien, Tintoret et Véronèse ont approfondi ce genre sophistiqué. Ces nobles peintures de guerriers aux armures étincelantes ou de femmes au miroir occupées à leur toilette sont parmi les plus belles que la Renaissance vénitienne nous ait laissées.

Mythologie et nu féminin

Les commandes d’oeuvres religieuses prédominaient au XVIe siècle, mais il existait aussi une demande importante pour les nus féminins issus de scènes mythologiques et parfois bibliques. Des déesses telles Vénus, de belles mortelles telles Danaé ou une figure de la Bible comme Suzanne servaient en quelque sorte d’alibis, de belles excuses pour peindre la beauté féminine. Danaé était une belle occasion de peindre un nu couché emprunt de sensualité, les Vénus au miroir abordent le thème de la vanité tout en conviant le spectateur à un subtil (et érotique) jeu de regards.
Titien en particulier s’est beaucoup attaché à dépeindre la beauté féminine, en utilisant ces thèmes mythologiques.

Portraits de puissants

Les palais de la Renaissance vénitienne étaient célèbres pour la quantité de portraits qu’ils abritaient. L’époque prenait le monde à témoin de sa prospérité. L’atelier de Titien produisit environ deux cents portraits de figures éminentes, parmi lesquelles des rois et des papes. Tintoret peignait l’élite de la Sérénissime, où il comptait nombre de protecteurs. Véronèse quant à lui peignit des individus de tout rang.


• Au début du XVIè siècle, l’Italie est un immense champ de bataille, qui voit s’affronter François Ier et Charles Quint. Miraculeusement, Venise est une des rares capitales à échapper aux sacs. la Sérénissime connaît une embellie artistique sans précédent, qui masque quelque peu le début de son déclin. En effet, alors que Venise occupait une place stratégique dans le commerce entre l’occident et l’orient byzantin et musulman, les routes du monde se déplacent de la méditerranée à l’atlantique, où Christophe Colomb et Vasco de Gama ont ouvert de nouvelles voies. La petite République de Venise, autrefois puissante, voit grandir ses voisins français et espagnol, aux appétits impériaux, et ne peut rivaliser avec leurs puissances économique et militaire. L’empire ottoman la prive petit à petit de ses comptoirs sur les routes du Levant. Et la fin du siècle voit arriver à Venise des épidémies de peste…

CB

Portrait de Jacopo Strada, Titien. Vienne, Kunsthistorisches Museum, GG-81
© Kunsthistorisches Museum, Vienne

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