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Regard sur le cinéma asiatique


C’est à travers trois témoignages de spécialistes du septième art en Asie, que nous ferons le bilan d’un art aux formes novatrices et souvent reconnu en Europe et en France avant de l’être dans leur pays d’origine :
Jérôme Lasserre, programmateur du festival asiatique de Deauville (25 000 spectateurs en 2005), Jean-Michel Fredon, directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma et Jean -François Rauger, programmateur de la cinémathèque française, ce dernier commente :
« On sait peu de choses sur l’histoire du cinéma asiatique. Il y a eu un grand mouvement dans les années 50 autour du cinéma Japonais à la suite d’un prix décerné à Kurosawa pour son film « Rashomon » au festival de Venise Ce sont les films d’arts martiaux produits à Taïwan et à Hong Kong par les frères Chow ou les studios de la Golden Harvest qui ont investi la France et les salles de quartiers en remplaçant les westerns, cela a habitué le spectateur à voir des films asiatiques. Les festivals internationaux, dont celui de Pusan en Corée du sud, ont fait découvrir des cinéastes passionnants. Il y a une génération de réalisateurs et une esthétique innovante qui se font sentir à Taïwan, Hong Kong et en Chine continentale. Ces cinéastes font des films singuliers relevant à la fois du classicisme et de la modernité européenne .On découvre des gens comme Edward Yang et Ho Tsiao Tsien à Taïwan (« Le maître de marionnettes »),et les cinéastes de la 5e génération en Chine tel que Zhang Yimou (« épouses et concubines ») , Chen Kaige (« Terre jaune ») qui sont moins novateurs mais créent la surprise en Chine continentale.
On peut citer aussi au Japon, Kitano, parce qu’il a, comme les autres, une conception très particulière du cadre :films composés et également livrés au hasard et à l’improvisation. Dans les années 80-90, ce cinéma va conjuguer ces deux dimensions et culminer en France avec des films tels que « In the mood for love » de Wong Kar Waï qui présidera le festival de Cannes cette année.
Par ailleurs on assiste à une explosion de films inventifs comme ceux de John Woo qui sera littéralement « kidnappé » par Hollywood . Entre la fin des années 85 et début 90 l’épicentre du cinéma est en Asie. Aujourd’hui, ces cinéastes doivent, pour la plupart, trouver un producteur occidental, leurs films n’ayant pas beaucoup de succès dans leur pays ».

La place excentrée du cinéma indien
Jean- Michel Fredon cite le cinéma indien qui aura un succès international à la sortie de «Pather Panchali » du réalisateur bengali Satyajit Ray en 1955. Ce dernier, considéré comme l'un des plus grands cinéastes, a reçu un oscar pour sa carrière en 1995, peu avant sa disparition. Les films « bollywoodiens » constituant 95 % de la production actuelle en Inde, ne semblent pas être « porteurs » sur le plan cinématographique dans la mouvance asiatique, car ce pays ne produit que 5 % de cinéma d’auteur appelé localement « serious cinema ».

De la mixité des cultures
Chaque pays d’Asie a son identité, ses problématiques exprimées par une esthétique qui lui est propre. Selon J.M Fredon , qui a consacré tout un dossier sur le cinéma coréen :« Les cinéastes coréens sont habités par la douleur de la cassure du pays. La psyché collective garde la marque de ses traumas. »
Jérôme Lasserre nous confie : « Ces pays ,dans le choix de leurs thèmes, ont les mêmes préoccupations que le monde occidental : l’individu est perdu dans cette société qui va trop vite, beaucoup de jeunes cinéastes parlent du mal être de la jeunesse , il y a un problème d’identité fort : Hong Kong par rapport à la Chine a perturbé certains cinéastes. Fruit Chan a beaucoup travaillé sur la réunification de Hong Kong et de la Chine continentale dans sa narration .Taiwan, elle, revendique son indépendance totale par rapport à la Chine. La Corée a un cinéma violent ,le rapport au corps y est très fort ».

Le système de financement coréen
Après avoir instauré un système de quotas dans les années 60 pour retrouver son identité face à l’impérialisme américain, la vitalité du cinéma coréen démarre dans les années 90 grâce à l’intervention de trusts industriels, les « chaebols ». D’autre part, il y a en Corée l’équivalent du CNC français : la KOFIC qui subventionne et assure la promotion du cinéma coréen à l’étranger.


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