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Jane Birkin dans la langue de Shakesperare


Alors qu’on célèbre les 15 ans de la disparition de Gainsbourg, Jane Birkin sort « Fictions », un nouvel album chanté majoritairement en anglais. Superbes reprises de standards ou compositions ciselées pour elle, l’ensemble est interprété par une ex-fan des sixties qui n’a rien perdu de sa fraîcheur ! Rencontre avec une artiste à la sensibilité exacerbée, mais aussi une citoyenne franco-britannique très engagée et passionnée par tout ce qui a trait à la nature humaine.


Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire « Fictions »?
Au moment de « Rendez-vous », j’avais été surprise que des personnes comme Beth Gibbons me connaissent et me donnent des chansons. Et parmi les auteurs français, j’avais refusé un texte de Cali car je ne le connaissais pas, ce que j’ai regretté quand il me l’a chanté ensuite. Pareil pour Dominique A. Cette fois, je leur ai demandé des chansons, ainsi qu’à Arthur H.

Un album, retour aux sources ?
Pour « Hamlet », l’an dernier, je suis restée deux mois à Northampton et c’était triste car en même temps, avec ma sœur, je vidais la maison de ma mère, à Londres. J’ai vécu une vie très isolée à Northampton et je me suis retrouvée aussi inconnue que lors de mon arrivée en France. C’était à la fois étrange et excitant ! Comme à l’époque en France, je me sentais libre, sans aucune référence, car les Anglais ne me connaissent pas. Chaque fois, que je retournais en Angleterre, c’était pour voir ma famille. Ils comptent tous tellement pour moi, que c’était inconcevable de passer un Noël ailleurs. Je ne suis pas du tout médiatisée là-bas, j’ai dû faire trois télés en 35 ans. Et comme la popularité passe surtout par là… Lors des funérailles de ma mère, les gens me demandaient gentiment ce que je devenais en France. Comment sans être orgueilleuse leur dire que j’ai tellement d’activités que n’ai pas un jour à moi ?

Et cette envie de chanter en anglais ?
Après « Version Jane », je pensais que je ne pourrais plus avancer. J’avais chanté maintes fois chacune des chansons de Serge, surtout celles écrites après notre séparation, mes préférées. Mais, si j’arrêtais, je ne connaîtrais plus cette joie des concerts, découverte tardivement, mais heureusement à temps pour que Serge me voit sur scène. Déchirée entre ces envies contradictoires, j’ai demandé à Philippe Lerichomme (son ancien Directeur Artistique, NDLR) s’il pensait que je valais le coup seule, et c’est lui qui a contacté Miossec, Manset, Zazie, pour « À la légère ». Puis, j’ai enchaîné sur « Arabesque » avec lequel j’ai tourné trois ans dans le monde entier, où je suis connue, grâce à Serge et à « Je t’aime moi non plus ». Après, j’ai estimé que j’avais le droit de chanter en anglais !

« Home », la chanson de Neil Hannon est à l’origine de l’album ?
Oui, et comme d’autres, elle a vraiment été écrite sur mesure pour moi. J’ai été très touchée que Magic Numbers, un groupe de jeunes très coté en Angleterre m’ait écrit « Steal me a dream ». Parfois les chanteurs vous font le cadeau de ce qui aurait pu être un tube pour eux, comme Dominique A, avec « Où est la ville ». « Fictions », ce sont des petites histoires créées par des auteurs qui ont eu la délicatesse d’imaginer ce qui se passait dans ma tête, mes préoccupations, mon enfance…

D’où une tonalité plutôt nostalgique ?
Un trait de caractère assez clair ! Ce qui me ressemble beaucoup, c’est « Image fantôme », un texte d’Hervé Guibert. Il correspond exactement à l’état d’esprit dans lequel on se trouve parfois, quand une photo présente dans le décor depuis si longtemps, tombe toute seule... J’ai voulu le dire sur la musique de Ravel sur laquelle j’avais tant pleuré lors d’un concert dirigé, avec tellement d’énergie et d’affection pour chaque musicien, par Pierre Boulez. Et quand j’ai su que ce morceau de Ravel s‘appelait « Pavane pour une infante défunte », bizarrement les mots de Serge dans « Amours des feintes »… Tout ça collait tellement qu’il fallait terminer là-dessus ! Ce ne sont pas forcément les choses écrites pour vous qui vous ressemblent le plus, mais moi, j’aurais tendance à n’aimer que des choses tristes…

FF


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