Lever de rideau Psys, assassins, secrets de femmes, drames de couples, problèmes métaphysiques, rires, larmes ou frissons, le théâtre n'est pas chiche en émotions. Pour preuve, ces quatre pièces à l'affiche que nous sommes allés voir. Beaucoup de théâtres offrent des places à 10 ¤ pour les moins de vingt-six ans. Profitez-en.
Scandale à la Madeleine
Sylvia ou qui est la chèvre ?
d'Edward Albee
Mise en scène Frédéric Bélier-Garcia
Martin (André Dussolier) est architecte, plus très jeune, pas vraiment vieux. Du charme. Un costume en velours d'un brun craquant. Il a cinquante ans aujourd'hui, décroché un contrat pour construire une ville. Ses pairs viennent de lui décerner un prix prestigieux. Tout lui sourit. Pourtant, seul dans son vaste salon chic et épuré Martin tourne en rond, plongé dans ses pensées. Interrompues par l'arrivée de Ross (Daniel Martin), journaliste et ami, caricature à peine exagérée de certains de nos interviewers. Interview impossible. Martin est ailleurs, amoureux fou depuis six mois. Il ne résiste pas, sort de son portefeuille une photo, montre l'objet de ses désirs à Ross. C'est une chèvre. Une intruse insolite et provocante que n'acceptent ni la femme de Martin (Nicole Garcia) ni son fils (Xavier Boiffier). Situations drôles et grinçantes, émouvantes ou troublantes se succèdent. Chacun y balance des vérités cruelles. Turbulences que Martin traverse avec une élégante sérénité. André Dussolier est formidable. Le public rit énormément, légèrement mais comme disait ma voisine à la sortie "Une chèvre, tout de même…"
Théâtre de la Madeleine
19, rue de Suresnes
75008 Paris
Du mardi au samedi à 21 h
Le samedi à 18h et le dimanche à 15h
Tarif moins de 26 ans : 10 (les mardi, mercredi et jeudi)
Un étrange personnage
Landru
De Laurent Ruquier
Mise en scène Jean-Luc Tardieu
Côté cour, un vieux poêle à bois qui fume. Des murs aux papiers défraîchis. Côté jardin, de grands arbres verts, un ciel bleu. Au milieu, Landru, tiré à quatre épingle, costume trois pièces, noir. L'entrée de la maison donne sur la forêt. Au fond, à gauche, un escalier mène à la chambre. Nous sommes en 1917. Obsessionnel, méthodique, froid, Landru va, quatre ans durant, séduire pour dépouiller de leurs biens, onze femmes recrutées par le biais des petites annonces matrimoniales. Puis les tuer. Et les réduire en cendres. Dans son poêle évidemment. Régis Laspales s'impose, n'en déplaise, comme un excellent acteur. C'est Landru qui est en face nous. Irritant de minutie, d'une organisation anticipée que rien ni personne ne fait jamais dévier d'un iota. Pas plus sa femme (Michèle Garcia) et ses quatre enfants que sa jolie maîtresse (Chloé Berthier) qui l'a soutenu jusqu'à la fin. Pas d'aveux, pas de cadavres et une logique hallucinante qui appelle le rire et nous rend complices. Laurent Ruquier, auteur doué, a le sens du rythme. Dans la construction de la pièce comme dans les répliques. Mise en scène, décors, costumes, lumières sont en phase. La distribution dans le ton. Marcel Cuvelier campe un époustouflant paysan. Landru, odieux individu nous fait passer une délicieuse soirée.
Théâtre Marigny/Robert Hossein
Carré Marigny.
75008 Paris. Métro Champs Elysées Clemenceau
Du mardi au samedi à 20 h 30 - Matinée le dimanche à 15 h 30
Réflexion brisée
Le Miroir
d'Arthur Miller
Mise en scène Michel Fagadeau
1938. Un divan, un miroir. Derrière le divan, le Dr Hary Hyman (Bruno Madinier) psy. Face au miroir un couple, Philip et Sylvia Gellburg (Anne Brochet, Thierry Frémont). Lui, jeune loup de la finance, impuissant sexuel, juif honteux, ignorant systématique des crimes nazis. Elle, paralysée des jambes, agaçante de langueurs et de peurs, l'étoile jaune, les arrestations, coupée du monde physiquement. Sa paralysie soudaine échappe à tous les diagnostiques. Philip lui cache les journaux mais elle reste informée par Harriet, sa belle-sœur. Tout au long de la pièce, du divan du psy au lit de Madame, les acteurs nous entraînent dans les méandres des âmes de ces protagonistes finalement bien contemporains. Et adeptes de la politique de l'autruche. Fauteuils neufs, répliques du design d'origine (1913), boiseries rénovées, nouvelle moquette, le Studio des Champs Elysées a repris couleurs et confort. Prévoir un pull léger, il y a fait un peu chaud.
Studio des Champs Elysées
15, avenue Montaigne
75008 Paris. M° Alma Marceau
Du mardi au samedi à 20 h 45
Samedi à 17 h. Dimanche à 15 h 30
Tarif - de 26 ans : 10 euros
Bons plans
www.sortir moinscher.com offre tous les jours des réductions et des places gratuites.
