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Le financement des films, avec Alain Terzian


Avec la production de son centième film, « Le passager de l’été », réalisé par Florence Moncorgé-Gabin, qui sortira sur les écrans au mois de juin 2006, et de gros succès dont l’emblématique « Les visiteurs », Alain Terzian, président de la Fédération des producteurs, qui apparaît comme le producteur référence du cinéma français de ces 25 dernières années, nous dévoile quelques uns des arcanes financiers de la production de films.

- Quelle est la période la plus délicate dans la production d’un film ?
Imaginer des rêves et leur donner une vie… la production n’est pas une science exacte mais une espèce de mystère. Ensuite, on entre dans les contraintes. Il faut prendre des engagements après avoir évalué les limites entre les impératifs budgétaires et les moyens de financement.

- Les moyens financiers importants font-ils les grands films ?
On pense souvent que plus on paye cher, plus on s’approche du vrai rêve. Je ne le crois pas. Les gros succès des dernières années, qui s’appellent « Podium », « Les choristes » ou « Brice de Nice », coûtent entre 4 et 6 millions d’euros. A l’opposé, « San Antonio » ou « Atomic circus » avec des acteurs très célèbres, qui ont coûté entre 15 et 18 millions d’euros sont des échecs retentissants. Par conséquent, il n’y a pas de corrélation entre le prix des films et le résultat public.

- Et les « Visiteurs » ?
Exemple type : le film a coûté 6 millions d’euros pour 14 millions de spectateurs !

- Le coût de l’écriture ?
On finance des développements qui correspondent à des histoires qui sont ensuite structurées en scénarios. La gamme des paiements varie beaucoup. Elle peut aller de 10 000 euros à 1 million d’euros. Un producteur gère en permanence de 5 à 10 encours qui peuvent être réécrits jusqu’à dix fois pendant plusieurs années. Parfois, le scénario repart chez un confrère qui refinance celui qui l’a payé.

- Le budget consacré aux acteurs français est-il important ?
Rapportés au marché mondial, ils sont payés cher ; rapportés au critère de valeur, ils valent leur prix, puisque personne n’est obligé de les payer à ce tarif. La différence entre les deux constitue le critère de rareté.

- Pourquoi un film revient-il cher ?
Les effets spéciaux se révèlent souvent très onéreux. Il existe une sorte de logistique globale qui fait que, si vous tournez 18 semaines dans trois pays différents avec des mouvements de foules, cela revient très cher. Souvent des scènes plus simples, comme un jeu de regards, sont plus émouvants. Mais attention, j’admire ceux qui prennent des engagements pour 20 millions d’euros.

- Où trouvez-vous les sommes nécessaires à la production ?
Pour trouver l’argent, on utilise les obligations d’investissement des chaînes de télévision généralistes ou cryptées (Canal TPS), les avances distributeurs et les avances des droits vidéos, qui disparaissent si le film n’est pas livré conformément à ce qui a été promis.

- Cela suffit-il ?
Non, car il vous manque un gros tiers du budget ; entre 30 et 40%, ce qui représente beaucoup d’argent et correspond à votre risque personnel d’entrepreneur.

- Les gains ?
Il faut tout d’abord amortir le film. Les premières recettes financent les avances garanties, ensuite la rente du producteur est partagée avec ses partenaires financiers. On doit également tenir compte des ventes internationales et des ventes DVD.

- Quand le film ne marche pas ?
On perd de l’argent à tous les niveaux et le producteur récupère toujours en dernier rang. Ainsi, il ne dégage rien des premiers nantissements et peut perdre jusqu’à l’intégralité de sa mise si le film ne marche pas du tout. Dans cette profession, le taux de mortalité est important. C’est un métier difficile, atypique, particulier, passionnel, violent, et en même temps merveilleux d’émotion, d’enrichissement personnel lorsqu’on a fait une belle œuvre.

- Les « César » ?
A la mort de Daniel Toscan du Plantier, j’ai repris les « César » que j’ai restructurés en leur donnant une unité de ton et en les associant à d’autres manifestations.

- Les élèves des grandes écoles ont-ils le profil pour faire carrière dans le domaine de la production ?
Les études supérieures permettent d’acquérir une faculté de raisonnement, de synthèse, d’analyse et d’appréciation qui, en plus des connaissances acquises, rendent capable de faire face à des situations exceptionnelles. Titulaire d’un doctorat en sciences économiques, je ne renierai donc pas un passé universitaire dont les Grandes Ecoles constituent un parallèle évident.


Patrick Simon


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