Informatique financière : le vent en poupe… Après quelques années de vaches plutôt maigres, l’emploi est reparti à plein dans la banque et l’assurance. Parmi les secteurs en vue, l’informatique financière, que guette même une certaine pénurie de main d’œuvre.
« Plus qu’une fonction support, l’informatique est pour la banque et l’assurance une donnée essentielle, un véritable outil de production, un choix structurant. » Ces mots sont de Daniel Krob, directeur de l’Epita.
D’entrée, le tableau est donc dressé : l’informatique financière est un secteur porteur. D’autant que le contexte prête aux importantes mutations –nouvelles normes comptables IFRS, accords Bâle II…– de quoi rendre nécessaire l’évolution des systèmes d’information. « Nous sommes dans une activité où la réglementation impacte fortement les systèmes d’information, reprend Daniel Krob. D’où de gros besoins en assistance à maîtrise d’ouvrage, plus précisément dans la gestion du changement, l’aide et le conseil en matière de stratégie informatique. » En d’autres termes, les diplômés de l’Epita, qui prodigue entre autres formations un mastère professionnel en Finance et informatique et un master d’Ingénierie mathématique pour la finance, n’auront guère de difficulté aujourd’hui à se faire une place dans la banque…
Des profils relativement rares
Il y a simplement deux ans, le rapport de force était moins favorable. « Nous avions environ une offre d’emploi par étudiant, se rappelle le directeur de l’Epita. Aujourd’hui, chaque élève reçoit entre deux et quatre propositions. La reprise est forte. »
Les aptitudes recherchées ? « Des profils plutôt rares, à la fois compétents en informatique, en finance et en modélisation, souligne Lionel Gabet, responsable du département de mathématiques de Centrale Paris, institution réputée pour ses options de 3e année en Informatique et télécommunication et en Mathématiques appliquées. Daniel Krob confirme : « Outre un savoir technique, il faut de réelles connaissances du secteur pour pouvoir y déployer concrètement l’informatique. »
Jean-Sébastien Lantz, professeur de finance à Télécom Paris, spécialiste en ingénierie financière, entre davantage dans le détail. « Chefs de sécurité dans les salles de marché, analystes de systèmes, développeurs de logiciels dans le trading, un certain nombre de métiers existent qui demandent tout de même des formations plus informatiques que financières. Certains autres diplômés rejoindront plus directement les salles de marché de JP Morgan, Goldman Sachs ou encore BNP Paribas. Supports techniques des traders, ces éléments, souvent, deviendront eux-mêmes traders après une à deux années passées à développer des modèles. »
Des métiers payants…
Et l’activité paye. Parce que le secteur financier a toujours su récompenser ses meilleurs éléments. « Bien souvent, les diplômés partent à l’étranger, observe Jean-Sébastien Lantz. Par exemple à la City où l’activité est très importante et les salles de marché nombreuses. Et les rémunérations peuvent être très intéressantes. Les ingénieurs français sont en effet très appréciés pour leurs compétences informatique et réseau. Même s’ils sont de plus en plus mis en concurrence avec des éléments indiens ou asiatiques. Cas extrême, un diplômé qui a rejoint Londres voici peu pour un salaire annuel de 120 000 euros plus une prime de bienvenue de 100 000 euros… » A l’Epita, on estime aussi de 5 à 10 % le gain salarial de début de carrière dans ce domaine, une différence modérée mais qui pourra croître au fil des années.
« Si les élèves apprécient la finance, l’informatique ne remplit pas toujours les amphis »
Un paradoxe pourtant, malgré ces bonnes perspectives, l’informatique n’est pas l’option d’emblée choisie par les élèves-ingénieurs. « Le secteur est euphorique, reprend Lionel Gabet. Les jeunes diplômés ont donc toutes les cartes en main pour de belles carrières. Mais si les étudiants apprécient traditionnellement la finance, ils se destinent plutôt au trading, à la recherche quantitative ou à la structuration. L’informatique, elle, ne remplit pas toujours les amphis…» Dommage, d’autant qu’il n’y a aucune raison de voir ralentir le recrutement dans le secteur. « Le besoin est structurel, complète Daniel Krob. Je ne vois pas comment le métier pourrait s’arrêter dans les quinze ou vingt années à venir. »
AT
