L’histoire de la finance, de l’antiquité à nos jours La Finance, moteur de l’économie et reflet des sociétés, prend aujourd’hui une importance majeure. Si son histoire apparaît intrinsèquement liée aux évènements qui ont affecté les civilisations, son avenir façonne la mondialisation. Ce sont les nouvelles technologies de l’information et de la communication de la fin du siècle dernier qui ont permis son développement exponentiel. Loïc Belze et Philippe Spieser, nous expliquent cette spécificité
La finance est-elle le reflet de la complexité des sociétés ?
Comme tout savoir prétendant au statut de « science », la finance s’est incontestablement complexifiée par ses produits, ses techniques, son organisation. Mais cette complexité est à analyser à deux niveaux. Elle s’est complexifiée parce que ce qui doit être financé (projets industriels, services, produits de couverture) est de plus en plus complexe : les risques se sont multipliés, les projets industriels se sont étendus en dimension et en contenu technologique. Elle s’est complexifiée aussi parce qu’elle a intégré des « techniques de production » (informatique, mathématiques, droit) qui sont elles-mêmes difficiles et subissent elles-mêmes une complexification croissante. En l’essence, par l’évolution de ses objets d’application et de ses techniques qui visent à toujours plus de justesse, la finance est le reflet évident de la complexité des sociétés.
Dans quelle proportion les décisions politiques ont-elles dépendu ou dépendent-elles de la finance ?
Il faudrait tout d’abord distinguer sur ce plan la frontière ténue qui existe entre économie et finance. Si les décisions économiques sont souvent au fondement de décisions politiques, les décisions purement financières le sont sans doute moins directement, n’étant parfois que le reflet d’un mécanisme économique. Un bon exemple : Louis XIV voulant encourager le retour d’un roi catholique sur le trône d’Angleterre pour des raisons politiques, de prestige personnel et économiques, transfère tant d’argent outre Manche que le cours de change entre les monnaie française et britannique en est affecté, ce qui alerte les « gens de finance ». On peut dire que la finance ne suffit pas à provoquer une décision politique mais lorsqu’elle vient appuyer opportunément une décision, un intérêt, un enjeu économiques, alors là, elle constitue un puissant effet de levier.
Théories et théoriciens arrivent-ils à maturité ou doivent-ils se remettre régulièrement en cause ?
Y a-t-il vraiment opposition ? Comme tout savoir, la science financière ne progresse pas linéairement mais plutôt par à-coups, par crises surmontées, consécutivement à des besoins nouveaux d’investissement, de financement. En cela, les sphères de la « science financière fondamentale » et de la « nécessité pragmatique » renvoyant à la complexité des échanges au sein de la société humaine se nourrissent mutuellement. D’une façon générale, il est parallèlement possible de remarquer que quelques lois semblent avoir une valeur permanente quelle que soit l’époque considérée, comme la loi de l’arbitrage, par exemple.
Les marchés financiers ne prennent-ils pas le pas sur la question économique ?
La question se veut peut être un peu polémique, posant en filigrane le développement en quelque sorte hypertrophié des marchés financiers par rapport à l’économie dite « réelle ». Elle ne résiste pas à l’analyse. Encore une fois, la finance est fille obéissante de l’économie, mais ce n’est pas parce qu’elle est au service des entreprises et de particuliers dans leur recherche d’instruments de placements, d’épargne ou de financement qu’il faut en méconnaître les lois. Une économie mal gérée est souvent à l’origine d’une situation financière dégradée. Cette dernière peut aider à corriger certains déséquilibres mais ne peut pas redresser une situation trop dégradée. Les marchés financiers sont des boucs émissaires faciles, les excuses d’incompétences flagrantes, le repoussoir des ignorances.
Les financiers ont-il les pouvoirs importants qu’on leur prête ?
Il ne faut pas oublier que financiers et hommes de pouvoir sont historiquement souvent les mêmes, ce qui naturellement justifie la question. Les très grands financiers sont tout simplement souvent des gens « intelligents » au sens d’hommes de pouvoir, d’hommes de réseaux, d’hommes conscients des enjeux, des stratégies, des faiblesses des autres et d’eux-mêmes.
Quel est l’objectif de votre ouvrage ?
Faire connaître les origines des produits, des mécanismes et des théories afin de souligner les permanences et aussi les ruptures. Mettre en garde : comparaison n’est pas raison et l’histoire ne se répète jamais. Contribuer à une meilleure connaissance des mécanismes financiers pour ne pas laisser le monopole de la parole à ceux qui n’ont pas pris la peine d’ouvrir un livre d’économie ou un livre d’histoire.
