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Le football est-il compatible avec la Bourse ? Avec Jean-Pierre Gaillard


Prochainement, les clubs de football français de première et de seconde league pourront être cotés en Bourse suivant des conditions législatives et réglementaires qui restent à définir. En effet, sur injonction de la Commission européenne, la France doit modifier sa réglementation et lever l’interdiction aux clubs français d'être cotée en bourse, cela constituant une entrave injustifiée à la libre circulation des capitaux en violation des traités européens. Jean-Pierre Gaillard, spécialiste média des mécanismes boursiers, nous donne son opinion sur le sujet.

-Que pensez-vous de la future cotation en Bourse des clubs de football français ?
Je ne suis pas tellement pour. Si l’on considère qu’un club de football est une entreprise comme les autres, cela ne pose pas de problème, mais ce n’est pas le cas. Pour être coté en Bourse, il faut être bien géré, avoir des projets et des stratégies réalistes qui deviennent bénéficiaires. Or, les résultats d’un club sportif sont aléatoires car ils dépendent de facteurs spécifiques moins fiables. De plus, les coûts très élevés des joueurs faussent la donne de départ.
Je conçois que l’on puisse lever des capitaux pour développer des produits commerciaux, mais lorsqu’il s’agit d’enrichir onze joueurs, je ne suis pas d’accord. Cela me paraît disproportionné. Le capital de départ est très vite englouti. De même, on ne peut pas comparer les salaires des joueurs avec ceux des patrons du CAC 40 qui, bien que payés très cher, ont d’autres responsabilités que celles des joueurs, car ils font vivre des milliers, voire quelquefois des centaines de milliers de personnes.

-Vous ne semblez pas apprécier ce mélange entre le sport et l’économie.
Le mariage n’est pas heureux, quoique la cotation apportera de la transparence, ce qui n’est pas toujours le cas pour les clubs de football. Il existe des précédents avec l’Italie et l’Angleterre où les dirigeants sont pris dans un engrenage de surenchère pour acheter des joueurs aux performances très peu quantifiables. Les prévisions sont difficiles à faire. Je ne conseillerai jamais à un petit actionnaire de placer son argent dans ce type de société.
De même, la vente des produits dérivés dont on parle beaucoup n’est pas automatique. Voyez la plupart des retransmissions de matches pour lesquels les caméras ont ordre de ne pas montrer des gradins désertés, sauf dans le cas de moments très forts mais peu nombreux comme une finale de coupe du monde au stade de France, par exemple.

-Certains évoquent les ventes de produits de sport, l’utilité sociale du football…
Les équipementiers tels Adidas ou Nike, par exemple, existeraient sans cela. En réalité, les aléas des résultats sportifs ne permettent pas d’obtenir des retours sur investissements suffisamment fiables ou stables. Ne fausse-t-on pas également le jugement d’une partie de la jeunesse en lui faisant miroiter des avenirs radieux de joueurs riches et célèbres, ce qui les détourne de leurs études et de métiers qui semblent moins engageants que celui de joueur professionnel ?

-Que pensez-vous des salles de marchés mises en place dans certaines grandes écoles ?
Dès qu’elles ont commencé à les mettre en place, j’ai trouvé que c’était une excellente idée. Elles habituent les élèves à la dimension financière. Cela les forme et leur montre que sur du matériel que tout particulier possède grâce à Internet, il existe énormément d’outils boursiers.

-Jouez-vous en Bourse… ?
Je ne joue pas… mais j’investis en Bourse. Je possède un portefeuille boursier que je ne gérais pas personnellement pour des raisons déontologiques. Ayant réduit mon activité professionnelle, je gère 25% de mes fonds moi-même. En effet, avec plus de temps et de recul, je peux m’intéresser aux évènements qui ont une incidence immédiate sur les marchés, chose que je ne pouvais pas faire en intervenant 24 fois par jour sur les médias.

-Les 75 % restant ?
Ce sont les professionnels qui s’en occupent. Je leur fais entièrement confiance.

-Que pensez-vous des mouvements de capitaux dans le monde ?
Les volumes d’affaires atteignent des proportions considérables. Lorsque j’ai débuté dans ce métier, une journée à 100 millions de francs était exceptionnelle ; aujourd’hui, tourner à 4 ou 5 milliards d’euros permet tout juste de rentabiliser.
L’argent ne peut pas tout régler, et à fortiori, les marchés de capitaux à qui on demande beaucoup. En tout cas, la mondialisation est inéluctable car elle est inhérente aux moyens de transport et de communication qui permettent de tout connaître en temps réel.

-La solution pour nos entreprises ?
Créer de la valeur ajoutée.

Patrick Simon


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