Micro-crédit : ne prêter qu’aux pauvres Suite à l'emphase actuelle donnée aux micro-entreprises, à l'auto-emploi, et aux travailleurs indépendants, tous reconnus comme des acteurs essentiels pour le développement économique et social des pays pauvres, le micro-crédit connaît un engouement croissant. Longtemps dénigré par la Banque mondiale, il vient d’être mis à l’honneur par l’ONU, qui a déclaré 2005 année internationale du micro-crédit.
En 1974, Muhammad Yunus est professeur d’économie à Chittacong, Bangladesh. Une mousson particulièrement catastrophique provoque une famine, qui laisse les autorités impuissantes. Il décide de sortir de son université pour s’intéresser aux causes de la misère des campagnes bengalies. Il s’aperçoit vite que la domination des usuriers empêche tout développement d’une accumulation financière qui permettrait le développement économique des campagnes. Sortir de cette domination requerrait que l’on puisse prêter quelques dollars aux paysans qui en ont besoin. Aussi se lance-t-il de sa poche dans l’aventure qui va donner naissance à la Grameen Bank et à une nouvelle activité: le micro-crédit.
A l’origine, un professeur du Bengladesh
Il va se heurter d’abord aux structures bancaires du Bengale qui trouvent que prêter aux pauvres n’a pas de sens « puisqu'ils ont toujours été pauvres ». Ensuite aux experts de la Banque Mondiale qui privilégient les investissements d’infrastructure. Vingt ans après, la Grameen Bank affiche un taux de remboursement exceptionnel en ne prêtant qu’aux plus pauvres, et en associant le prêt à l’adhésion dans un club d’emprunteur où chacun s’entraide à développer sa micro-activité. Pour atteindre ce résultat, M. Yunus a brisé toutes les règles établies: prêter aux insolvables, négocier avec des femmes (95 % des emprunteurs) dans un pays musulman, et installer les bureaux de la Banque dans les villages, au plus près des pauvres et de leurs projets.
Longtemps combattue par la Banque Mondiale, la pratique de la Banque Grammen fait aujourd'hui l'objet de commentaires positifs - bien que non officiels - à l'intérieur de la Banque mondiale elle-même. Cette initiative ayant démontré la faisabilité et la viabilité économique du micro-crédit, l’effet boule de neige ne s’est pas fait attendre et de multiples associations ont depuis vu le jour aux quatre coins de la planète, de l’Amérique du Sud au Maghreb, en passant par l’Afrique. Les grandes ONG du micro-crédit ont d’ailleurs leur propre banque et plusieurs d'entre elles gèrent des portefeuilles de micro-crédit supérieurs à 10 millions de $, à l'exemple de Bancosol en Bolivie, des Syndicate Bank en Inde et de K-REP au Kenya.
Un système basé sur la co-responsabilité
Le principe du micro-crédit est simple. Il s’agit d’un système de prêt de petites sommes à des acteurs économiques très pauvres, mais possédant un projet dont la rentabilité ne répond pas aux critères de garantie bancaire classiques. Les sommes accordées peuvent se rembourser avec des taux fixes et des échéances personnalisées. Les taux sont assez élevés mais les remboursements sont adaptés à chacun, les retards sont aisément négociables, et les acteurs ne sont pas contraints de rembourser s’ils ne peuvent pas le faire (pas d’hypothèque). Le micro crédit s’adresse le plus souvent à des artisans, agriculteurs, éleveurs… qui souhaitent acheter du matériel ou encore développer leur autonomie de production. Certains organismes conditionnent l’octroi d’un micro crédit à l’existence d’une association ou d’une coopération d’acteurs (principe de co-responsabilité). Les critères de sélection sont la motivation, la réputation, la fiabilité de la personne, et la cohérence du projet. Il s’agit d’offrir une chance et non pas prêter de l’argent. Néanmoins, une évaluation du patrimoine et des conditions de réalisation du projet est effectuée afin de déterminer les conditions d’attribution du prêt. La réussite de leur projet est censée soutenir les bénéficiaires dans leur quête d’un financement bancaire classique. Le montant moyen des prêts est assez faible (150 à 300 €), et certaines structures souhaitent encourager davantage les projets plus ambitieux et prêter des montants plus importants. L’essor du micro crédit dans les pays en développement est accompagné par des programmes de la Banque mondiale et du PNUD, et des programmes locaux de formation, et de soutien à la création de micro-entreprises. Récemment, sous l'initiative du Professeur Yunus, toutes les organisations de micro-crédit se sont rassemblées à Washington pour le premier Sommet du micro-crédit. Cette "grande messe" permit à des milliers de personnes engagées dans leurs pays de prendre conscience de l'importance de leur action. Un succès tel qui a déclenché le développement de nouveaux, comme des actions de formation et l'accès aux nouvelles technologies de l'information. Une application détournée, mais tout à fait probante, du crédo : « think global, act local ».
AN
Pour en savoir plus :
http://taf-idf.asso.fr
www.microfinancegateway.org
www.microcredit2005.net
http://www.grameen-info.org/mcredit
